Lune Bleue

L'océan sans répit monte à l'assaut des cieux
D'un ressac obstiné se hissant peu à peu
Pleure, Séléné ; pleure, céleste Eurydice
Car déjà tu t'éloignes et les ombres pâlissent

Singulière compagne, fiancée solitaire
Archaïque déesse de sel et de pierre
Sablier désolé de la fuite des heures
D'un exil éternel quand l'Eden est ailleurs

Que les vagues recueillent un à un les cristaux
Du somptueux écrin dont tu es le joyau
Ô cosmique clepsydre, de ton coeur déchiré
Sourd toujours une nouvelle larme à sécher

Que les miroirs marins mille fois multiplient
Le masque fugitif d'un inaudible cri
Vainement étreignant ta lumière liquide
Vif-Argent s'évanouit lorsque sonne minuit

Vole, vaisseau fantôme aux flancs lourds de fantasmes
Bienveillante veilleuse, froide et fidèle flamme
Confidente des fous, des amants et des loups
Autre-Terre nocturne où les désirs s'échouent

Les rêves naufragés vont gésir sur les plages
De tes mers silencieuses comme autant de messages
Vogue encore, nef d'ivoire au vent du soir vouée
Il n'est pas fait le havre où tu pourrais mouiller