Courte nouvelle


Le Shuffle


     J’ai un don pour les inventions. Un vrai ! Je n’invente que des trucs qui sont presque trop forts pour moi… Mon répondeur donne des coups de fil personnels, c’est marrant jusqu’à l’arrivée de la note de téléphone. Mon couteau pliant a des goûts propres et refuse obstinément de s’ouvrir devant une orange. Quant à mon vélo, il grimpe aux murs. Ce serait génial si j’arrivais à rester dessus… Seulement voilà, je suis doué mais pas génial. Si je l’étais, je pourrais obtenir le même résultat en toute connaissance de cause et peut-être même supprimer les inconvénients.
     En ce moment, je travaille sur un projet que j’appelle le Shuffle. En anglais ça veut dire "traîner des pieds" ou, ce qui m'intéressait plus, "battre les cartes", et c’est aussi utilisé sur les lecteurs de CD pour commander une lecture aléatoire, c’est-à-dire que les morceaux sont lus dans le désordre mais une seule fois chacun. C’est Buck qui m’en a donné l’idée : depuis le temps que je me demandais ce qui passait dans sa tête de chien, j’ai décidé d’aller voir. Ça paraîtrait démentiel pour tout autre que moi, mais c’est ça, mon don : je sais d’instinct de quelles composantes je vais avoir besoin et de quelle façon les assembler pour obtenir le résultat voulu et même un peu plus. Au magasin d’électronique, le patron m’a lancé un regard curieux quand j’ai passé ma commande. Je suis peut-être son meilleur client et je le fais plutôt rire avec mes trouvailles. Mais cette fois-ci, je m’attaquais à un projet qui relevait sûrement du Secret Défense, aussi restai-je évasif et il ne me posa pas de questions, ce qui m’arrangeait : je n’aime pas mentir.
     J’ai quand même mis une semaine à réaliser mon engin. Pour des yeux non avertis, on aurait dit une cuisinière, avec le même genre de boutons et le même genre de vitre sauf que c’était un écran. Il ne restait plus qu’à l’essayer.
     - T’es prêt, Buck ?
     - Wouf !
     C’était parti ! J’ai allumé l’écran, l’image de la roulette s’est affichée avec les deux cases qui nous représentaient, j’ai réglé la minuterie sur une demi-heure. Puis j’ai lancé le Shuffle. La roulette s’est mise à tourner avec le bruitage casino. Il y avait une chance sur deux pour que ça ne marche pas du premier coup et que nous ne soyons mélangés qu’à la deuxième demi-heure mais je n’en étais pas à ça près. Coup de veine ! Bingo au premier essai ; et ça valait le coup ! C’est vraiment marrant d’appréhender le monde avec les sens d’un chien ! Je regardai mon corps humain : Buck était assis sur mon derrière et regardait mes mains avec curiosité. Visiblement, il s’était cassé la figure dès qu’il s’était retrouvé sur deux pattes mais je ne m’en faisais pas pour lui : il est plutôt placide, mon gros, pas du genre à s’affoler… Je le regardai se relever avec précautions. Eh ! Il était dégourdi ! Je surpris une pensée mêlée de chien et d’homme : qu’est-ce que je m’aimais ! Je ne devrais pas le dire mais c’était ce que je ressentais. La vision était totalement différente. Pas indescriptible, mais… tellement différente… Et puis j’entendais tout, je sentais plein d’odeurs que je pourrais dissocier et identifier avec un peu de pratique mais je n’aurais pas le temps en une seule fois d’analyser la masse d’informations que je recevais en bloc : une exploration passionnante en perspective ! Je marchai un peu dans la pièce (il ne fallait pas que je pense à mes pattes sinon je m’embrouillais) tandis que Buck me suivait, d’une démarche un peu mécanique, selon son habitude de ne pas me lâcher d’une semelle. Je serais bien allé faire un tour dehors mais, avec des grosses pattes, impossible de tourner des poignées rondes et Buck ne savait pas se servir des mains. Il a regardé la porte d’un air un peu malheureux et j’ai laissé tomber. J’ai jeté un coup d’œil au décompte, il n’y en avait plus que pour quelques minutes et j’ai renoncé à essayer de grimper l’escalier : si le changement s’effectuait en plein milieu, on risquait de se casser la figure tous les deux. J’essaierais ça une autre fois !
     J’ai entendu la voiture du facteur s’engager dans le chemin. J’ai dressé l’oreille. Pardon, les oreilles. Ça aussi c’était une sensation nouvelle. C’était assez rigolo ! Le temps qu’elle arrive, il ne devrait pas y avoir de problème. Il a frappé à la porte. Il ne manquait que quelques secondes. Je ne pouvais pas me présenter à lui sous forme de chien : il a peur de tous les chiens et de Buck en particulier. Je lui ai pourtant dit et répété qu’il se ferait plutôt attaquer par un ratier que par un saint-bernard mais il ne veut rien entendre. En plus, quand j’ai baptisé mon chien il l’a mal pris. Il s’appelle Rogers. J’ai eu beau lui assurer que je ne connaissais pas la série Buck Rogers, il n’a jamais voulu le croire. Depuis j’ai comblé cette lacune et, franchement, il n’y avait pas de quoi se vexer !
     Trois, deux, un, et voilà, j’étais de nouveau moi-même ! Je suis allé ouvrir et j’ai salué Rogers :
     - Bonjour, ça va ?
     Il m’a répondu : "Wouf "! avec un sourire un peu niais.
     Catastrophe ! Le champ de mon engin était plus puissant que je ne l’avais pensé… J’ai filé consulter mon écran, le pseudo-facteur sur les talons, pour constater que la roulette comprenait à présent trois cases et que, comme je l’avais craint, un nouveau décompte était en cours. Je réfléchis rapidement. Si je m’éclipsais pendant une demi-heure, chacun reviendrait chez soi et il ne me resterait plus alors qu’à calmer Rogers et à le convaincre de ne souffler mot de tout ceci à quiconque. J’imaginais qu’il ne tiendrait pas à ce que sa mésaventure s’ébruite et qu’il douterait bien vite de sa réalité. Si de surcroît je m’engageais à déplacer ma boîte à lettres au bout du chemin pour lui permettre d’éviter les abords dangereux de ma maison, tout devrait rentrer dans l’ordre. Buck avec des mains, Rogers avec des pattes, je ne devrais avoir aucun mal à m’échapper et à les enfermer ensemble le temps nécessaire. Sans plus tergiverser, je me glissai dehors. Tout compte fait, je m’en sortais bien ! Mon invention était des plus prometteuses mais je notai d’avoir à installer un portail pour pouvoir interdire l’accès au chemin pendant les transferts. J’avais une demi-heure, un peu moins, à tuer. J’allais étudier les lieux pour décider de l’emplacement de la barrière.
     Je n’avais pas fait vingt mètres que je vis arriver un vélo sur le chemin. Misère ! Tante Agathe ! Elle a l’habitude de débarquer à l’improviste et d’ordinaire ça ne me dérange pas : je le lui ai assez dit quand elle n’osait pas le faire ! Elle s’arrêta à ma hauteur pour m’embrasser et me montra le panier sur son porte-bagages.
     - J’ai amené de quoi faire une petite blanquette de veau. Je suis sûre que tu manges mal !
     Chère Tantine ! Elle connaît mes points faibles. Mais ce n’était vraiment pas le moment !
     - Excuse-moi, Tante Agathe, je ne peux pas aujourd’hui, je dois sortir.
     - Ne t’occupe pas de moi ! Je te la prépare et je te la mets au frigo.
     - J’ai une meilleure idée. Donne-moi ton panier ! Je mets la viande au frigo, tu reviens demain et on mange la blanquette ensemble.
     - Dis-le si je te gêne !
     J’adore ma petite tante, je ne voulais pas la froisser mais j’avais conscience du temps qui tournait et je n’avais d’autre choix que de la renvoyer au plus vite.
     - Je vais être franc avec toi, Tantine, je n’ai pas le temps et c’est la panique à la maison.
     Elle éclata de rire et me confia son vélo :
     - J’aime mieux ça ! J’ai cru que tu ne voulais plus me voir ! Je vais te le faire, moi, ton ménage.
     Je restai tout couillon, le vélo à la main, tandis qu’elle entrait dans la maison d’un pas décidé. Le chien et le facteur en sortirent comme des diables d’une boîte. La demi-heure n’était visiblement pas écoulé : le facteur me faisait la fête et le chien montait dans le véhicule de la poste. Que faire ? Cette fois-ci, j’étais vraiment dépassé ! Je courus voir l’écran de contrôle : le sablier était en fin de course et, sous mes yeux impuissants, il afficha une quatrième case sur la roulette et la lança.
     Je me retrouvai en train de faire la vaisselle. Fort bien ! J’étais dans le corps de Tante Agathe. Pourquoi ne pas finir ? Puis je me vis venir vers moi, sensation étrange, et m’entendis me dire :
     - Bonjour Madame. Je ne sais pas ce qui se passe ici, mais vous ne devriez pas rester.
     Tout compte fait, Rogers est un brave type. Je lui répondis, de ma voix de vieille fille :
     - C’est moi Rogers, Antoine. Je suis vraiment désolé mais nous avons un problème sur les bras et il va falloir que chacun y mette du sien si nous voulons en sortir.
     Il a reculé d’un pas et a jeté un regard effaré dans l’autre pièce où se trouvaient son corps et celui de Buck. Je finis tranquillement la vaisselle. Au point où j’en étais, il ne servait à rien de se précipiter. Puis je me séchai sur l’essuie-mains, rangeai la viande au frigo et les légumes dans le bac. Je frottai mes mains sur mon tablier et passai avec un soupir dans la pièce principale.
     - Bucky ? appelai-je. Et comme le pseudo facteur frétillait et que le chien disait : "Wouf !" d’un ton de reproche, je tentai de chercher une solution. C’est à ce moment que le téléphone a sonné. Machinalement j’ai décroché :
     - Oui, allo ?
     - Bonjour, c’est Gina. Puis-je parler à Antoine s’il-vous-plaît ?
     Miséricorde ! Gina ! C’était ma petite amie, et peut-être plus si elle le voulait bien. Elle ne devait rentrer que la semaine suivante ! En toute autre circonstance, elle aurait été plus que bienvenue. Ah ! Gina… Sa voix seule me mettait dans tous mes états… J’improvisai :
     - Il est absent pour l’instant mais vous pouvez me laisser un message, je suis sa tante.
     J’ai bien senti, au moment où je parlais, que je commettais une bourde. À donner trop de détails on devient louche, et Gina est Italienne, jalouse comme une panthère et tout aussi vive à déchirer et disparaître si on se moque d’elle. Il y a eu un silence et elle a répondu d’un ton distant :
     - Ça ne fait rien, je rappellerai. Merci.
     Puis elle a raccroché. Telle que je la connaissais, au moment où je raccrochais le combiné elle était déjà dans sa voiture et la lançait dans un rugissement d’enfer sur la départementale qui menait à la maison.
     J’ai entendu frapper à la porte. La nuit commençait à tomber et il était encore trop tôt pour que Gina ait eu le temps d’arriver. C’était donc un importun ! Faisons le point : Tantine est dans le chien, le chien est dans le facteur, je suis dans Tantine et Rogers est dans moi. Bien ! Je m’apostrophai en y mettant toute ma conviction :
     - Rogers, vous êtes moi ! C’est donc à vous d’aller ouvrir et tâchez d’être convaincant ! Ce n’est pas le moment, d’autant que d’ici peu nous allons encore tous être mélangés.
     Il ne répondit pas mais hocha la tête. Il commençait à s’y faire…
     Il partit ouvrir et je jetai un regard à la roulette : pour l’instant, tout allait bien mais il ne nous restait que quelques minutes avant le prochain Shuffle.
     Rogers mettait du temps à revenir. Impatient, j’allai voir. Misère de sort ! C’était Joseph, mon vieux copain d’école maintenant devenu brigadier de gendarmerie, et qui se grattait le menton en écoutant les excuses nébuleuses de Rogers.
     - Ça va, Antoine ? Tu as bu un coup ou quoi ?
     Je m’avançai vivement, bien camouflé sous ma forme de Tante Agathe, respectable veuve s’il en fut, et repoussai le facteur derrière mon dos :
     - Excusez-le, brigadier, il est un peu fatigué mais je vais le mettre au lit.
     Joseph prit son bon sourire, celui qui fait que je lui pardonne de s’être engagé dans la gendarmerie, et enlevant son képi, il dit :
     - Il ne m’a jamais laissé partir sans m’offrir un café, Madame Agathe. Et puis, vous savez ce que c’est, ça fait toujours plaisir…
     Bang ! Shuffle !
     Je vais d’un pas tranquille vers ma machine. Un nouveau décompte est en route, mais ça, je m’en doutais… Je m’essouffle dès que je m’active : sans avoir besoin de consulter le miroir, je devine où je suis : chez le gros Jo ! Cinq cases sont dès à présent affichées : c’est pas de la tarte, même si ça y ressemble ! Reste à savoir qui est où… Qu’ai-je fait ? Ce n’était qu’un jeu innocent entre mon chien et moi et voilà que la machine s’emballe pour pas grand-chose. Ce n’est pas que je refuse d’assumer les conséquences de mes actes mais je n’avais pas prévu toutes ces visites. Et quand je pense que Gina va arriver sous peu…
     - Joseph ? Où es-tu ?
     Le "facteur" leva la main.
     - Rogers ?
     Tante Agathe fit un geste timide.
     - Tantine ?
     - Wouf !
     Bien évidemment, mon gros Buck était à nouveau dans mon corps ; il n’était qu’à le voir, il se tortillait. Je le rassurai :
     - Bon chien !…
     Il se tortilla de plus belle. Ça me gênait un peu de me caresser la tête mais je savais qu’il adorait ça, et je commençais à le comprendre…
     J’étais complètement dépassé. J’ai entendu la voiture de Gina arriver mais je ne pouvais rien lui expliquer sous ma forme de gendarme, aussi débonnaire soit-il. A Dieu vat !
     Shuffle !
     - Gina, où es-tu ?
     Le chien vint se coller contre ma cuisse. Etait-ce Gina ? Qui étais-je ? Un bref coup d’œil : j’avais un uniforme de préposé de la Poste. J’étais donc dans la peau du facteur. Mais qui était dans celle de Buck ? Et des autres ? Je fis d’autorité un tour d’horizon : j’étais chez Rogers, qui était chez Jo, qui était chez Tantine, qui était chez Gina, qui était chez Buck, qui était chez moi. C’était donc ma belle Gina qui venait vers moi ! Ça me faisait plaisir mais comment faire pour renvoyer chacun chez soi ?
     Jo s’adressa à Tante Agathe, c’était donc Rogers qui parlait à Jo :
     - Je vais porter plainte contre ce dingue, dit-il en me montrant.
     - Wouf ! dit Buck.
     Tante-Jo haussa les épaules.
     - A qui allez-vous faire avaler cette histoire ?
     - Mais, à vous ! Je l’avale bien, moi !
     - Soyez raisonnable, tout ceci ne doit pas sortir d’ici. Imaginez que cette machine tombe dans de mauvaises mains…
     - Elle est bonne, celle-là ! Vous avez vu dans quelles mains elle est ? Ce type est mûr pour l’asile !
     Il allait quand même un peu loin. Il s’agissait d’un regrettable concours de circonstances et il suffisait d’attendre la fin de la "lecture" pour que tout s’arrange. J’allais intervenir quand la voix chaude de Gina me prit de vitesse :
     - Ne parlez pas de mon neveu comme ça, mon garçon. Il n’est pas fou, juste un peu excentrique !
     Tante-Jo reprit la parole en se tournant vers moi :
     - Cela dit, tu commence à m’inquiéter, Antoine. Ce truc est incontrôlable. Et qu’est-ce que tu vas inventer la prochaine fois ? Tu finiras par nous mettre tous en danger !…
     J’allais répondre quand le bruit de la roulette se déclencha. Inquiets, nous regardâmes tous l’écran : les six billes sautaient de case en case, préparant une nouvelle donne.
     Quand elles s’immobilisèrent, "je" fis l’appel : Jo était donc dans ma tête. Il était le seul à être encore aussi pragmatique. Bilan des courses, Jo était dans moi, qui étais dans Gina, qui était dans Tantine, qui était dans Rogers, qui était dans Jo. Il y avait déjà du progrès, Buck était Buck. Je m’empressai d’aller l’enfermer au garage pour le mettre hors-jeu. Ça me serrait le cœur de l’entendre couiner derrière la porte mais je n’avais pas le choix. Quand je revins, Jo-Rogers demanda :
     - Est-ce que ce sera assez loin ?
     - Le champ d’action n’est pas si étendu que ça ! Si c’était le cas, on aurait eu des interférences avec toutes les bestioles qui sont dehors, les souris, les oiseaux, que sais-je encore ?
     Tantine-Gina s’absenta quelques instants et ramena de la cuisine un plateau de sandwiches que nous reçûmes avec reconnaissance. Avec tout ça, c’est vrai qu’on n’avait pas pensé à nos estomacs mais la simple vue des casse-croûtes nous les rappela. Je ne pus m’empêcher de rire :
     - Une chance que Buck soit rentré chez lui, il ne mange que des croquettes !
     Seule Tantine-Gina sourit, les autres n’appréciaient pas mon humour… J’offris le café après les sandwiches et quand la roulette se mit à nouveau en route je m’adressai à tous d’un ton autoritaire :
     - À chaque changement, celui ou celle qui se trouve lui-même s’en va loin d’ici ! Nous en parlerons plus tard !
     Il n’était pas nécessaire d’en dire plus. Tout un chacun a sa vie propre, l’échange de pensées est éprouvant, à la fois pour celui qui transmet et pour celui qui le reçoit. Nous connaissions tous, dorénavant, la frustration d’une veuve, celle d’un brigadier en fin de carrière, celle d’un facteur et celles d’un pauvre type et de son chien. Nous savions également la difficulté d’une jolie fille dans un monde sans pitié. Pourvu que personne n’arrive maintenant !… La roulette s’immobilisa enfin et disparut de l’écran pour laisser la place à la mention "Game Over".

     Nous nous entre-regardâmes avec circonspection. Etait-ce vraiment fini ou était-ce une défaillance du programme ? Chacun s’observa attentivement et je vis apparaître des sourires de soulagement : c’était bel et bien fini et sans anicroches. Comme j’éteignais le Shuffle, Jo me dit :
     - Je ne sais pas ce qu’il faut faire. En tous cas, ton idée de mettre une barrière au bout du chemin est bonne. Ça me semble même indispensable! En attendant, je te demande de ne pas recommencer ce genre de plaisanterie, tu me le promets ?
     Je promis. De toute façon j’allais mettre cette barrière en place dès le lendemain. Rogers se plaignit :
     - Il ne sera pas puni alors ? Vous vous rendez compte que je n’ai même pas pu finir ma tournée ?
     Jo haussa les épaules et me serra la main en me recommandant d’être plus prudent à l’avenir, puis se tournant vers ma tante, il lui proposa de la ramener chez elle :
     - Je suppose que vous n’avez toujours pas de lumière sur votre vélo. On va le mettre dans le coffre de la voiture…
     Tantine m’embrassa :
     - Fais attention à toi, mon grand. Je reviendrai demain pour te faire la blanquette.
     Je les accompagnai dehors. Rogers se carapata sans demander son reste et sans me saluer. Je ne m’en étais pas fait un ami, c’est le moins qu’on puisse dire…
     Quand je rentrai, Gina était en train d’allumer un feu.
     - Tu es fâchée ? lui demandais-je.
     Elle se retourna avec un grand sourire :
     - J’ai trouvé ça plutôt rigolo. De toute façon je n’ai rien à cacher… Mais je n’ai pas eu ta chance : tu as pu sentir ce que c’est que d’être une femme alors que j’ai dû me contenter de ta tante et de ton chien, ce n’est pas très juste ! J’ai toujours eu envie de savoir ce que ressentait un homme, ajouta-t-elle en glissant les mains sous mon T-shirt.
     Sacrée Gina, elle me surprendrait toujours ! Sa proposition était tentante mais j’avais promis à Jo de ne plus toucher au Shuffle tant que la barrière n’était pas installée. Quand je le lui dis, elle me fit un petit sourire en coin.
     - Je n’ai rien promis, moi…




Cat